Browse By

Angélique Kidjo et Philip Glass en pays yoruba

La Philharmonie de Paris accueille le samedi 3 octobre, Angélique Kidjo et Philip Glass pour leur création Ifé, Three Yoruba Songs. Avec eux sur scène, l’orchestre Lamoureux, composé de plus de cent musiciens. Un projet gigantesque, à l’envergure de la voix caméléon de la chanteuse.

RFI Musique : Dans ce projet, Ifé, vous avez eu envie de raconter la création du monde dans la cosmogonie Yoruba. Pourquoi ?
Angélique Kidjo : Cette cosmogonie est très proche de moi par ma mère. Ce sont les dieux vaudou auxquels on donne des noms différents. J’ai écrit ces trois poèmes, Olodumare, Yemandja et Oshumare après une visite au British Museum, en 2010, à l’exposition Le Royaume d’Ifé. J’ai été subjuguée par le travail du bronze, la beauté incroyable des statues. C’est cette richesse qui m’a inspirée. On entend trop souvent que l’art africain est “primaire”, or il est majestueux et a été une source d’inspiration incroyable pour les artistes modernes, comme Picasso, par exemple. Tout est parti de là !

Vous avez grandi dans une famille de musiciens, comment avez-vous rencontré la musique classique ?
Elle a été amenée à la maison par mon père. Mes frères avaient un groupe de rock, on écoutait en boucle Satisfaction des Rolling Stones et de la musique yéyé. Ma première réaction a été :”c’est quoi ce truc ?” Mais mon père nous a dit : soyez curieux, donnez une chance à cette nouveauté. Passée la surprise, ça m’a beaucoup plu. C’était la première fois que j’écoutais une musique sans parole et dessus, on pouvait tout projeter. À partir de ce moment-là, la musique classique ne m’a plus quittée ! Elle m’aidait notamment à étudier et à me concentrer.

En 83, en arrivant à Paris vous vous êtes d’ailleurs inscrite à un cours de chant classique aux Ateliers chansons. Qu’est-ce qui vous intéressait techniquement ?
Quand je suis partie de Cotonou, mon père me disait :”quoique tu fasses, avocate spécialisée dans les droits de l’homme ou chanteuse, apprends, donne-toi les moyens” Il fallait s’ouvrir à toutes les possibilités. Pendant trois ans, je me suis donc inscrite aux Ateliers chansons de Paris. On écoutait de tout, des artistes français comme Jacques Higelin, par exemple. Cela m’a permis de rattraper mon retard, car à ce moment-là, la musique au Bénin était marquée du sceau de la propagande. En classique, j’ai appris à utiliser ma voix comme un instrument et on nous a fait chanter Offenbach ou Ravel, notamment le Boléro. Ça a été déterminant ! (ndlr : Angélique Kidjo a repris le Boléro  sous le titre Lonlon, dans son album DjinDjin en 2007)

© GM Zimmerman Angélique Kidjo

Qu’est-ce que vous avez en commun avec Philip Glass ?
D’abord, on rigole beaucoup ensemble ! Comme moi, il est extrêmement curieux de toutes les musiques. Quand on a travaillé sur Ifé, je n’avais jamais parlé avec quelqu’un aussi excité et déterminé à monter le projet. On a enregistré les poèmes et je lui ai traduit en anglais et en français. Il avait besoin d’une histoire, de séquences et d’entendre aussi la musicalité de la langue yoruba. Il n’avait jamais vraiment travaillé avec une voix africaine. Donc pour lui aussi, c’était une première. Il fut un temps où nous avions en commun la même attachée de presse, et du coup, dans les années 90, il m’a accompagné au piano à New York pour un showcase. Notre première rencontre vient de là. Sinon, nous pratiquons tous les deux la méditation et dans ce monde de fou, c’est très important.

Qu’est-ce que son approche de compositeur apporte à ces textes à la charge onirique et symbolique très forte ?
Il aide à raconter cette histoire simplement et profondément. C’est vraiment ça, la force de Philip. Il connaissait déjà cette cosmogonie, parce qu’il avait croisé les dieux du candomblé au Brésil et c’est quelqu’un qui croit à la force de la nature. Lorsque j’ai écouté les arrangements, je me suis dit, waouh, on parle de sa musique comme répétitive, mais ça n’a rien de répétitif ! Sa composition était vraiment belle, je voulais donc que ma partie soit aussi réussie. Cela m’a demandé beaucoup de boulot : pendant trois mois, j’ai répété trois ou quatre fois par jour.

On a l’impression que vous avez une voix caméléon, capable de passer de la chanson intimiste, au funk, à la pop et maintenant au classique. Au quotidien, quel travail cela vous demande-t-il d’entretenir votre voix ?
Depuis 15 ans, j’ai toujours le même professeur de chant, Bill (William) Riley, qui m’a été conseillé par mon médecin pour prendre soin de mes cordes vocales. Je ne bois pas, je ne fume pas et j’essaie de ne pas me coucher trop tard. Les jours de concert, j’évite de trop parler.

Vous avez exploré beaucoup de genres musicaux, à quel style aimeriez-vous vous frotter ?
J’adorerai chanter avec un vrai big band de jazz ! Ça me fait vraiment envie et depuis longtemps. Mais pourquoi pas des chants traditionnels japonais ? Je suis prête à chanter tout ce qui me fait frissonner l’âme.

Ifé, Three Yoruba Songs, Angélique Kidjo et Philip Glass avec l’orchestre Lamoureux, en concert samedi 3 octobre à la Philharmonie de Paris.

Site officiel d’Angélique Kidjo
Page facebook d’Angélique Kidjo

Site officiel de Philip Glass
Page facebook de Philip Glass

Par Eglantine Chabasseur | RFI
XXXXXXXXXXXXXX