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Interview : La Compagnie Créole revient

Propos recueillis par Luc Dehon pour IdolesMag.com

La Compagnie Creole - DR

La Compagnie Créole revient avec un tout nouvel album, dédié aux « Carnavals du Monde ». L’occasion était belle pour aller à la rencontre de Clémence afin d’évoquer ce nouveau projet. Au cours de cet entretien, il sera bien évidemment question de Fiesta, de Bal Masqué et de Biguine Party ! Allez, zoukez, maintenant !

Quand ce nouveau projet autour des « Carnavals du Monde » a-t-il commencé à prendre forme ?

Disons que nous nous étions rencontrés à plusieurs reprises avec François Pinard et nous avions pensé à un concept pour une tournée. Nous étions partis dans l’idée que les gens qui venaient voir La Compagnie Créole sur scène avaient envie de faire la fête. Nous avions fait l’Olympia il y a deux ans à peu près, et l’idée de faire une La Compagnie Creole, Carnavals du Mondetournée « Bal Masqué » nous a effleurés. Après, on a commencé à réfléchir à tout ça et nous sommes arrivés sur l’idée du carnaval, ou plutôt des carnavals. Vous savez, chez nous aux Antilles, on a une véritable tradition du carnaval. C’est quelque chose qui nous tient véritablement à cœur, qui a une histoire et qui a une grande importance pour nous. Donc, faire un « Bal Masqué » géant nous a tout de suite parlé. Là, nous nous sommes mis à faire des recherches sur les différents carnavals qu’il pouvait y avoir dans le monde. Brazil, Trinidad, etc… On a cherché des chansons en rapport avec ces différents carnavals qui nous plaisaient. Nous avons également pensé au carnaval de Québec. Le projet a commencé à prendre forme de cette manière. Après, on a fait des adaptations de ces chansons, on a remixé « Le Bal Masqué » et l’aventure a démarré comme ça. Le projet a plu à notre entourage et donc, de fil en aiguille le projet s’est monté. Vous savez, nous, ce dont nous avons envie, c’est de nous amuser et d’amuser le public. Donc, l’idée du carnaval et de la fête collait bien avec cet état d’esprit.

Qu’est-ce qui vous a guidés dans vos choix de chansons ? Parce des chansons de carnavals à travers le monde, il y en a des flopées…

(rires) Vous pouvez le dire ! Nous voulions avant tout des chansons festives et populaires. Je vais prendre l’exemple d’une chanson créole qui s’appelle « Yole la Rivé », c’est une chanson de Jeff Joseph, le leader des Gramacks, qui nous a malheureusement quittés il n’y a pas longtemps. C’était un peu un hommage qu’on voulait lui rendre également. Et donc, cette chanson parle de la course des yoles qui est une festivité très populaire aux Antilles également. Après, on a aussi choisi « Doh Stop de Carnival » de Mighty Sparrow, qui est une chanson emblématique du carnaval de Trinidad. Donc, cet album nous permet également de toucher au carnaval et aux rythmes caribéens. C’était une façon, d’une certaine manière, de joindre l’utile à l’agréable. Par exemple, une chanson comme « Hot Hot Hot » de Arrow, peut-être que beaucoup de gens l’ont oubliée, mais quand on la rechante, elle revient automatiquement dans les mémoires.

La plupart des titres ont été adaptés.

Oui, j’ai souhaité écrire les textes en français pour que les gens puissent comprendre le sens de la chanson, et surtout, qu’ils puissent les reprendre avec nous. C’était en tout cas un travail artistique super que nous avons fait là avec la Compagnie, les amis et nos musiciens. C’était une très belle expérience.

Vous m’avez tout à l’heure touché un mot du carnaval aux Antilles. Avez-vous déjà participé à un autre carnaval, quelque part dans le monde ?

Oui. Et très récemment, d’ailleurs. Nous avons donc sorti cet album au Québec en début d’année et au mois de février, nous y avons participé au Carnaval. Il faisait -35°… Je peux vous assurer que ça change du carnaval antillais ou celui de Rio ! (éclats de rires) Tous les enfants et les gens étaient dans la rue malgré le froid. C’était vraiment génial ! C’est un souvenir que je n’oublierai jamais ! Tout le monde a chanté avec nous… ça restera un très grand souvenir. Très particulier.

Pourquoi l’album est-il sorti au Québec avant la France ?

En fait, nous allons souvent au Québec, nous y faisons beaucoup de tournées. Comme le projet existait pour la France et était déjà bien avancé, notre maison de disques au Québec s’y est intéressé. Comme ça tombait plus ou moins au même moment que le carnaval de Québec et qu’il y a là-bas une véritable tradition carnavalesque, on a souhaité sortir le disque pour coïncider avec les dates du carnaval. C’est un évènement très très important le carnaval à Québec. Nous en avons profité pour fêter notre jubilé là-bas également. On y a fait une grosse tournée.

Vous me parlez du Carnaval de Québec par -35°… Je pense à la tradition carnavalesque qu’il y a dans le Nord de la France et en Belgique. J’ai été étonné de ne pas trouver dans votre disque une chanson qui évoque ces carnavals du nord.

J’ai cherché et pour être très franche avec vous, j’ai probablement mal cherché parce que je n’ai pas trouvé grand-chose ! (rires)  Mais je me suis dit que finalement « le Bal Masqué » avait bien marché en France… et que c’était aussi un clin d’œil à tous ces carnavals du Nord. Maintenant que vous m’en parlez, je regrette que personne ne nous ai plus aiguillés sur cette voie parce que c’est vrai que les carnavals du nord… c’est quelque chose ! Mais d’un autre côté, on ne pouvait pas non plus chanter tous les carnavals. Il y a le carnaval de Venise, de Menton, de Nice,… Disons que l’objectif de ce disque était plus d’amener des musiques qui existent en dehors de l’Europe. La Caraïbe et tout ça…

Vous venez de m’en toucher un mot, « Le Bal Masqué » figure sur ce disque. C’est un des grands titres emblématiques de La Compagnie. Souvenez-vous dans quelles circonstance ce titre a été écrit ?

Oui, bien sûr… Si vous prenez les chansons de La Compagnie et son histoire, vous vous rendrez vite compte que chaque chanson a une histoire avec le groupe. La plupart des chansons se réfèrent à une histoire avec La Compagnie Créole. José nous avait raconté l’histoire du Touloulou en Guyane. Lors du carnaval, les femmes se déguisent et deviennent méconnaissables. Mêmes leurs maris n’arrivent pas à les reconnaître ! Les femmes portent des loups, elles sont masquées et méconnaissables, elles peuvent ainsi faire tout ce qui leur plait… (sourire) Elles dansent à côté de leurs maris et eux ne les reconnaissent pas… Donc, l’histoire est arrivée comme ça, de cette tradition guyanaise. Une partie du clip a d’ailleurs été tournée en Guyane avec les Touloulous, ces femmes masquées.

Vous avez dû chanter ce titre des centaines de fois. Avez-vous une petite anecdote amusante à me raconter ?

J’en ai une assez amusante ! Quand nous sommes allés en Guyane tourner le clip, le producteur s’est fait enlever par un Touloulou… C’est quelque chose qui m’a beaucoup amusée et qui m’a marquée. J’ai encore une autre histoire un peu marrante à vous raconter. Ça s’est passé en Martinique lors du Carnaval justement. J’allais magasiner pour trouver des tissus pour le déguisement de ma fille. Je suis rentrée dans un magasin, et là, je tombe sur une dame qui avait la pochette du disque de ce titre. Et nous avons trainé cette pochette partout dans le magasin pour trouver du tissu qui ressemblait au costume que je portais sur la pochette. Nous sommes tombées né à né avec le même tissus. Après, je lui ai dédicacé son album. C’est un chouette souvenir que je garde autour de ce titre.

De toutes les chansons, mise à part peut-être « Le Bal Masqué » dont nous venons de parler longuement, y en a-t-il une pour laquelle vous avez un peu plus de tendresse qu’une autre ? Quand je parle de tendresse, je pense à un souvenir autour d’un titre plutôt que le titre en lui-même.

Il y a plein de chansons pour lesquelles j’ai une tendresse particulière, mais c’est vrai qu’il y en a une qui me touche peut-être un petit peu plus que les autres, c’est cette chanson de Jeff Joseph, « Yole la Rivé » dont je vous parlais tout à l’heure. Jeff Joseph est décédé il y a quelques années maintenant, et il avait écrit cette superbe chanson sur les courses de yoles de sa Martinique natale. Et ça me rappelle beaucoup mon propre père qui était marin pêcheur et qui aimait beaucoup la mer… Rien que pour cette raison, j’ai beaucoup de tendresse pour cette chanson.

La Compagnie Creole - DR

« Carnavals du Monde » est un projet éminemment festif qui se doit de vivre sur scène…

Effectivement ! Et pas seulement en Europe, d’ailleurs. Nous allons nous produire dans le Pacifique, en Australie… On va faire une grande tournée des Bals Masqués du monde, en fait ! (éclats de rire) Ça va être génial. Ça nous fait un tel bien d’aller rencontrer notre public et nos fans aux quatre coins du monde. C’est toujours un grand moment, cette rencontre et ce partage qu’on peut avoir sur scène. Nous sommes parfaitement conscients de la chance que nous avons que le public nous ait suivi pendant toutes ces années. Le public est décidément d’une fidélité à toute épreuve. Nous sommes très très heureux de voir qu’après trente-cinq ans de carrière, nous sommes toujours là. Et ce qui est formidable aussi, c’est que notre public se renouvelle puisque les enfants de nos fans viennent aujourd’hui nous voir aussi ! Ça nous donne la pêche et la force de continuer. Et ça, c’est ce qu’on veut, garder cette pêche et cette force qu’on a au fond de nous. Continuer à faire la fête avec notre public, c’est vraiment la plus belle chose qui puisse nous arriver. C’est un grand bonheur et un très beau cadeau que le public soit toujours là avec nous au bout de trente-cinq ans d’existence…

Vous me parlez de trente-cinq ans d’existence… C’est devenu une éternité pour un artiste aujourd’hui, et a fortiori pour un groupe ! L’ambiance au sein de la Compagnie a-t-elle toujours été au beau fixe ?

(rires) Non, pas du tout ! (éclats de rire) Avec Daniel Vangarde, le producteur, c’était plus facile, parce que c’était lui qui gérait tout. La Compagnie a cessé ses activités à un moment, José et moi sommes partis en duo. Et après ce break, je suis devenue la manageuse du groupe. Je l’avais fait pour José et moi, donc, j’ai continué. C’est une lourde tâche, et qui plus est, une tâche qui n’est pas facile. Mais je vais même aller plus loin, être la seule femme du groupe et mener les garçon, je pense que ça a été plus facile que si ça avait été un garçon qui devait manager ses potes ! (rires) Aujourd’hui, avec les garçons, je suis devenue un peu leur amie, leur maman, leur manageuse, etc… De mon côté, je les gâte, je leur fais de bons petits plats… Mais je les engueule quand il le faut aussi ! (sourire) On est comme une famille, en fait. On adore être ensemble et on adore aussi se séparer… pour mieux se retrouver ! On a besoin chacun de repartir un temps chez nous pour faire un break, pour se ressourcer. Et après, quand on repart sur les routes ensemble, on est les plus heureux du monde, même si on s’engueule et qu’on se dit les choses franchement. L’ambiance est très saine entre nous, finalement. Quand on a des choses à dire, on les dit. Pas plus tard qu’hier soir, j’avais des choses à dire aux garçons, eh bien je le leur ai dit. Mais tout à l’heure quand nous nous retrouverons, nous nous embrasserons comme si de rien n’était.

C’est une famille. On se dispute parfois, mais dans le fond, on s’aime bien et on est content de se retrouver.

Exactement ! Vous avez parfaitement résumé la situation ! (rires) Vous savez, je m’occupe de tout… je leur fais leurs costumes, etc… Je les chouchoute un maximum, mais quand je les engueule, eh bien, je les engueule !

Avec La Compagnie Créole, vous avez contribué à populariser la musique créole en métropole. Que pensez-vous de la place qu’elle y occupe aujourd’hui ?

Ah la la… Vous savez, pour nous, ça a été un peu difficile. On avait commencé par un album en créole qui avait bien marché aux Antilles et en Guyane. Suite à ça, nous avons sorti « C’est bon pour le moral », qui a été très mal vu aux Antilles. On nous appelait « La Compagnie Française », vous voyez le genre ! Mais nous avons tout de même persisté de chanter en français parce que le public était de plus en plus nombreux et que ça nous plaisait de chanter en français aussi. Malgré les critiques, on a continué contre vents et marées, puisque le succès était au rendez-vous. Et aujourd’hui, quelques années après toute cette polémique, ceux qui nous critiquaient aux Antilles nous apprécient. Ils ont compris que c’était une bonne chose de chanter la musique créole en français, ne serait-ce que pour être mieux compris et mieux la diffuser. Les frontières sont parfois difficiles à franchir. La langue est parfois un handicap. Aujourd’hui, les jeunes artistes de chez nous qui font du zouk, ils chantent en français. On leur a ouvert la voie, d’une certaine manière. Ils sont populaires en France aussi, comme nous l’avons été en son temps. La seule critique que je pourrais émettre, c’est qu’on ne donne pas à la musique antillaise véritablement sa place en métropole. Elle reste trop comme une musique du monde, alors que les Antilles, c’est la France d’Outre-Mer, nous sommes français. C’est ça que je trouve un peu dommage.

Comme vous venez de m’en toucher un mot, La Compagnie a été véhément critiquée aux Antilles à une époque, lorsqu’on vous appelait « La Compagnie Française ». Comment l’avez-vous vécu ?

Très bien… (sourire) Dans notre tête, on se disait « tant pis ! Mais c’est comme ça… » Nous avions fait un choix, et nous l’assumions. Et de toute façon, cette polémique n’aurait en aucun cas pu nous freiner. Ce n’était pas non plus très grave… D’ailleurs, ce n’était pas une généralité aux Antilles. Souvent, des gens venaient nous trouver en nous disant qu’ils étaient très fiers de nous et que nous devions continuer dans cette voie. Mais finalement, quand on y pense… la langue parlée en Martinique, c’est le français. Nous avons un patois, parfois appris à l’école, comme dans de nombreuses régions en France, mais nous parlons le français. Je vais même vous dire que quand j’étais plus jeune, nous parlions français à la maison, nous n’avions pas le droit de parler créole ! J’ai toujours parlé en français. Donc, pour nous, c’était logique de chanter en français. Et d’ailleurs, tout ça est très loin maintenant parce que tous les jeunes zoukeurs, ils chantent en français ! Ils ont réalisé que leur musique devait dépasser les frontières, donc, ils chantent en français, comme ils chantent aussi en espagnol ou en portugais. Le tout, c’est de se faire comprendre et de faire passer un message.

La Compagnie Créole a plus de trente-cinq ans… ça fait un bail ! Quel regard jetez-vous sur son parcours et parallèlement sur l’évolution de votre métier ? Parce le métier, il a beaucoup bougé en trente-cinq ans…

Oui, c’est vrai… Vous savez, j’ai envie de vous dire que nous avons beaucoup de chance. Je ne vais pas dire que c’était plus facile à notre époque, mais quand même, d’une certaine manière. Nous arrivions avec de la musique créole, le public français ne connaissait pas bien ce style… Nous avons eu la chance de faire beaucoup d’émissions de télé. Beaucoup de radios ont joué nos titres également. On a fait beaucoup de promotion, donc, on pouvait installer une carrière. Nous avions les armes nécessaires pour pouvoir faire un succès avec une chanson. Maintenant, la musique a évolué. Il y a le problème du téléchargement. Les radios ne sont plus les mêmes, en tout cas, elles ne fonctionnent plus comme avant. Finalement, même si nous vivons dans un monde hyper connecté, le public n’est pas toujours au courant de ce que fait l’artiste qu’il aime. Mais je reviens sur cette chance que nous avons, nous, c’est avoir un public et de pouvoir faire de la scène. Nous sommes des artistes populaires et nous le revendiquons. Nous aimons la proximité avec notre public. Être proche de son public, c’est le plus important pour un artiste. Nous nous efforçons de ne jamais décevoir le public. Ce qui nous oblige à nous remettre tout le temps en question. Et c’est ce qu’on a toujours fait. On n’a jamais rien considéré comme de l’acquis. Le métier est de plus en plus difficile, mais nous avons la chance d’avoir le public que nous avons eu et qui nous a suivis. Aujourd’hui, on travaille toujours dur, et même plus dur qu’à une époque probablement, nous nous remettons encore plus en question, justement parce que le métier est devenu de plus en plus difficile. Alors, pour les jeunes artistes… c’est très difficile. Très.

La Compagnie Créole a toujours été associée à la fiesta… Votre nouveau single s’intitule d’ailleurs « Viva la fiesta ». Quel est votre plus beau souvenir de fiesta ?

Ah la la… Il y en a tellement eu ! (rires) Vous savez, avec cette chanson, on a voulu faire un clin d’œil à tous nos titres. Pas tous, mais les plus connus en tout cas. Il y a tellement de chansons qui sont associée à la fiesta… Mais je vais vous parler d’une dont vous devez vous souvenir également… (sourire) C’est la chanson qui parle de la première fiesta de ma fille, sa première boum, sa « Première Biguine Party ». Elle avait véritablement tout chamboulé à la maison, ça je peux vous l’assurer ! (rires) Quand nous avons tourné ce clip aux Antilles, je la revois avec son maquillage et ses beaux habits. Il y avait plein d’enfants de la Martinique. Ça, c’était une super fiesta ! Une vraie fiesta. Cette chanson a été tout de suite disque d’or. Ensuite, nous l’avons enregistrée en espagnol et elle a été numéro 1 en Espagne. J’en étais heureuse. Et je n’oublierais jamais tous les Martiniquais qui sont venus danser sur la plage avec nous quand nous avons tourné le clip. C’était vraiment génial !
Photos : DR

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