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Nyoka Longo (Zaïko Langa Langa) : « Mingi bakoma bato na kati ya bato mpo na ngai Jossart”*

Jossart Nyoka Longo est fier de l’apport de son groupe (Zaïko) dans la musique congolaise en particulier et africaine en général surtout, où dit-il avoir pu créer des emplois pour toute une génération avec le phénomène atalaku.

Modeste, nous les sommes mais comme on en parle presque pas, nous devons le clamer haut et fort, c’est grace à nous que *Mingi bakoma bato na kati ya bato mpo na ngai Jossart N’Yoka Longo. Qui ne le reconnait pas ? Ici je parle de tous les atalaku sans exception même si dans certains pays africains on les considère comme des DJ.

Jossart Nyoka Longo est avare de déclarations, réticent pour répondre aux mêmes questions qui reviennent encore et encore.
Quand il est convaincu d’avoir déjà dit l’essentiel, il suggère subrepticement qu’on questionne son travail, qu’on analyse la santé de son orchestre à travers ses œuvres et ses prestations.

AEM a dû s’armer de patience pour réaliser cette interview évoquée un an  plus tôt. Ses réponses laissent transparaître de la confiance dans l’avenir, une fierté du parcours réalisé et notamment celle d’avoir créé et institué un métier nouveau et aujourd’hui « incontournable » dans la musique : les atalaku.

AFRIQU’ÉCHOS MAGAZINE (AEM) : Quelles sont vos impressions sur votre premier voyage à Luanda après celui rocambolesque de 2002 ?
JOSSART NYOKA LONGO (JNL) : Le dernier voyage à Uíge s’était effectué par voie terrestre et sans incident par rapport à la tournée de 2002 où nous avions essuyé des tirs.

Pour ce voyage actuel, dès mon arrivée à l’aéroport 4 de Fevereiro le 7 septembre, la presse était là notamment RNA Canal international et la Télévision publique d’Angola. Nous allons jouer trois concerts et nous avons hâte d’y être : vendredi 11 septembre, en VIP, au Ciné Atlantico, samedi 12 septembre au Ciné Tropical et dimanche 13 septembre 2015  au Jardin do Eden au quartier Kapolo (ndlr. ce dernier concert a finalement été déplacé sur l’île de Mussulo) .

AEM : Peut-on en savoir un peu plus sur l’album en gestation ?
JNL : Pour le moment, nous sommes en train de répéter les chansons qui vont constituer ce prochain album.

AEM : S’agira-t-il d’un album personnel de Jossart Nyoka ou d’un album du groupe ?
JNL : Je ne comprends pas ceux qui ont tendance à faire la différence entre Zaïko et Jossart. Dans notre philosophie, Jossart et Zaïko ne font qu’un.

AEM : Qu’en est-il aujourd’hui des recrutements annoncés ?
JNL : Le recrutement est permanent, nous avons commencé depuis l’année passée, nous avons de nouvelles recrues et certaines font partie de la délégation qui se trouve en ce moment en Angola et d’autres sont restés à Kinshasa parce qu’ils n’avaient pas de passeports.

AEM : Zaïko Langa Langa bat actuellement le record des tournées au Congo-Brazzaville, comment vous l’expliquez ?
JNL : Cela est sans doute le résultat du travail que nous sommes en train d’abattre, de ce que Zaïko a fait et de ce que le groupe offre aujourd’hui au public.

AEM : Par le passé, les pays d’Afrique de l’Est faisaient les yeux doux à Zaïko Langa Langa. Il semble que ces dernières années ce ne soit plus le cas…
JNL : C’est compréhensible : notre agenda est très chargé au niveau de la RDC et du Congo-Brazzaville où nous sommes très sollicités. N’empêche, nous sommes déjà partis en Zambie, nous avons aussi des demandes pour le Kenya et la Tanzanie. Aussi, n’eût été le problème des combattants nous serions déjà allés en Afrique du Sud.

AEM : Vous avez joué aussi à Abidjan…
JNL : Oui, mais moi-même je n’ai pas été satisfait de la tournée par rapport à l’organisation. Il faut reconnaître aussi que ce long silence du groupe sur les médias a joué à notre défaveur.

AEM : Aujourd’hui, quelle serait votre attente vis-à-vis des fans et des fidèles de Zaïko Langa Langa ?
JNL : Aux fidèles de Zaïko ce que je peux leur dire c’est avant tout de garder confiance en leur groupe. Pour pérenniser ce groupe nous avons aussi des jeunes, nous attendons leur apport par des critiques constructives et des encouragements surtout aux jeunes qui arrivent aujourd’hui, parce que ce n’est pas à moi tout seul d’inculquer cet esprit de Zaïko à tous les nouveaux venus.

Les fidèles de Zaïko ont aussi leur part pour pouvoir parler de temps en temps avec ces jeunes qui arrivent dans Zaïko, de leur raconter l’histoire des anciens de Zaïko, de leur conter l’histoire de Zaïko, de leur faire voir la grandeur de ce groupe, pour qu’ils en soient vraiment conscients. C’est le travail que les fidèles doivent faire, le soutien ne peut être uniquement financier ou matériel.

AEM : La date du 7 septembre renvoie à votre naissance il y a 61 ans, mais également à votre production au Zénith de Paris en 2002, le passage au Zénith, était-ce une renaissance du groupe et un tournant dans la foulée de votre vie personnelle ?
JNL : Sur le plan spirituel, c’était une période de brisement et d’épuration pour moi et le groupe, je rendais grâce à Dieu pour toutes ces choses, je les ai acceptées par la foi.

Souviens- toi de mon arrestation et la série de maladies dont j’ai été victime par la suite jusqu’à notre retour au pays en février 2009 ainsi que de cette longue absence au pays.

C’est la renaissance de Zaïko Langa Langa depuis que nous sommes rentrés à Kinshasa. Voilà pourquoi nous disons aujourd’hui Zaïko Langa Langa, Nouvelle formule. Pour que l’or brille, il doit passer par le feu.

AEM : De tous les chanteurs des débuts de Zaïko Langa-Langa, vous êtes, avec Papa Wemba, les seuls qui mènent encore une carrière stable, peut-on parler de chance, du destin, du hasard ?Est-ce que c’est cela qui vous rend plus proches encore ?
JNL : Il y a très longtemps que je n’utilise plus ces mots, Chance et Hasard. Je dis seulement que c’est une grâce. Nous sommes très proches depuis la création de Zaiko, cela ne date pas d’aujourd’hui.

AEM : De quoi seriez-vous plus fier après plus de 45 ans de carrière ?
JNL : Nous sommes fiers de nos apports dans la musique congolaise en particulier et africaine en générale.

Surtout que nous avons pu créer des emplois pour toute une génération avec le phénomène atalaku.

Modeste, nous les sommes mais comme on en parle presque pas, nous devons le clamer haut et fort, c’est grace à nous que *Mingi bakoma bato na kati ya bato mpo na ngai Jossart N’Yoka Longo. Qui ne le reconnait pas ? Ici je parle de tous les atalaku sans exception même si dans certains pays africains on les considère comme des DJ.

AEM  : Vous serait-il déjà arrivé dans des moments difficiles de craindre la fin de votre carrière ?
JNL : Non, pas du tout, l’avenir ne m’appartient pas.

AEM : Votre opus « Bande annonce » sorti en août 2011 fait toujours danser, vous attendiez-vous à une telle longévité ?
JNL : Replongez-vous dans mes premières interviews dans les différentes chaines de télévision à notre retour à Kinshasa, j’avais dit ceci en lingala « Ba musiciens bazali kobina mais naïno Kinshasa ebini te » Traduisez : « Jusque là, les musiciens dansent mais ne font pas danser Kinshasa ».

Aujourd’hui, ce n’est pas seulement Kinshasa qui est dans la fièvre de Vimba mais c’est partout et de 7 à 77 ans. Vous avez un exemple avec le nouveau titre de notre frère Awilo Longomba Enemy solo.

AEM : Des perspectives ?
JNL : Nous en avons beaucoup, vous les saurez avec le temps, si l’Éternel nous renouvelle son souffle aussi longtemps encore.

Jossart Muanza/AEM


(BTT/PKF)